Synthèse de la Table Ronde – 13 mai 2019

La Petite Enfance en Europe : Un défi éducatif, social et environnemental

Marie Bohner – journaliste OHE

En présence de : Nicole Dreyer, Adjointe au Maire de Strasbourg, en charge de la famille et de la petite enfance / Richard Sancho Andreo, pour la présentation du Manifeste européen de l’Académie de la petite enfance / Robyn Eyde, parente et Présidente de la crèche Giving Tree / Muriel Dommanget, Directrice de la crèche P’tit Home et  Accueilli-e-s par : Gillian Cante, Présidente du Furet, petite enfance et diversité, et membre de l’Académie de la petite enfance et Ulrich Bohner, membre et ancien Président de la MESA

La petite enfance en Europe : un défi éducatif, social et environnemental

A quelques jours à peine des élections européennes, l’Académie de la petite enfance s’est associée à la Maison de l’Europe Strasbourg-Alsace (MESA) pour interpeller les candidat-e-s et les élu-e-s sur la « situation préoccupante » de 20 % des citoyens européens, les enfants de 0 à 6 ans. Interroger les élu-e-s par un manifeste et donner à la petite enfance sa juste place au sein des enjeux de politiques publiques européennes, notamment en lien avec celle du développement durable : voilà les ambitions de l’Académie de la petite enfance. Dans l’attente de réponses concrètes et d’engagements.

S’engager pour sortir la petite enfance de carcans hygiénistes

C’est un message fort qui semble mettre d’accord la plupart des participant-e-s à cette table ronde. Trop souvent encore, la petite enfance est reliée dans les programmes de politiques publiques aux questions d’action sanitaire et sociale et de santé. Le constat a été fait plusieurs fois au cours de la discussion : « un enfant n’est pas un malade », mais un citoyen à part entière, en mettant aussi l’accent sur l’expertise des parents et des grands-parents dans ce domaine pour, pourquoi pas, les inclure plus dans la définition des politiques publiques. Les paradigmes changent : on parle ainsi ici de « modes d’accueil » plutôt que de « modes de gardes » pour les lieux d’accueil de la petite enfance, par exemple, considérant l’enfant comme une personne à part entière. Le rapport du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, remis à la Ministre de la Santé et des Solidarités et à la Secrétaire d’État à la famille en France en mars 2019, est cité comme allant dans ce sens, considérant le jeune enfant dans sa globalité. Les nombreux travaux menés par le Conseil de l’Europe sur l’enfance et les droits qui y sont associés – travaux semble-t-il peu pris en compte par les autres institutions européennes comme le Parlement européen ou la Commission européenne – contribuent aussi de façon majeure à cette réflexion.

 Comment faire bouger les lignes sur la qualification de la petite enfance dans les politiques publiques ?

Nicole Dreyer, Adjointe au Maire de Strasbourg, en charge de la famille et de la petite enfance comme d’autres intervenant-e-s, signalait aussi une tendance à disparaître des radars politiques pour le département de la petite enfance si tôt les élections passées. La petite enfance ayant une forte valeur émotionnelle – comme le démontre d’ailleurs le clip de campagne des élections européennes 2019 « Choose your future » – elle est souvent évoquée lorsque les candidat-e-s parlent du « futur », souvent oubliée ensuite lorsque les politiques se réalisent au présent. Nicole Dreyer va jusqu’à proposer de considérer la petite enfance comme transversale dans les politiques publiques plutôt que relevant d’une délégation, la petite enfance devant être intégrée comme une composante essentielle dans toutes les politiques publiques, de la mobilité à la culture en passant par l’urbanisme.

 Comment faire en sorte que la petite enfance soit une composante transversale des politiques publiques ?

Un manifeste pour relier petite enfance et développement durable au cœur des politiques publiques européennes

Le slogan de l’Académie de la petite enfance est affiché dès l’introduction du manifeste : « vivre avec l’enfant l’avenir de la planète ». Si l’urgence climatique a aujourd’hui trouvé sa place au cœur de tous les discours politiques ou presque, la façon dont celle-ci impacte la petite enfance est peu abordée. Les enfants, dans les premiers stades de croissance, sont pourtant les plus impactés par les atteintes à l’environnement (pollution de l’air, pesticides)[1], particulièrement – mais pas seulement – lorsqu’ils sont en situation de précarité sociale en plus. Comme le signale Richard Sancho Andreo de l’Académie de la Petite Enfance, c’est la question des inégalités sociales qui a déclenché, chez le Défenseur des Droits en France un intérêt plus prononcé sur la petite enfance. Et le développement durable, comme la petite enfance, gagnerait à être un enjeu transversal des politiques publiques plutôt qu’un domaine en soi.

 Comme faire reconnaître le lien inaliénable entre petite enfance et développement durable dans les réflexions en cours autour de l’urgence climatique ?

La prise en compte du développement durable dans le lien à la petite enfance se pense aussi dans le lien de l’enfant à la nature. Le manifeste cite ainsi « de nombreux réseaux citoyens en faveur d’une éducation bienveillante […] basés sur des pédagogies […] en lien avec la nature. » Nicole Dreyer va dans ce sens en parlant de favoriser chez l’enfant « le goût du dehors », que l’on retrouve aussi dans le rapport du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge. Elle, tout comme Marie-Nicole Rubio, Directrice de l’association Le Furet, attirent cependant l’attention sur le fait qu’il ne s’agit pas de faire de l’angélisme, mais de penser concrètement les transformations que cela induit dans les gestes les plus concrets jusqu’au bout et avec tous les acteurs concernés et impactés.

 Comment dépasser le stade des bonnes intentions pour offrir des réponses concrètes à tous les acteurs de la petite enfance, à commencer par les enfants eux-mêmes ? 

Ces questions restent ouvertes et s’adressent avant tout aux candidat-e-s européen-ne-s dont les programmes feront les politiques publiques de demain. Elles trouvent déjà des échos, portées par des réseaux citoyens. Comment faire en sorte, via l’échelle européenne, qu’ils s’inscrivent avec la force nécessaire au cœur des politiques publiques ? Le Manifeste européen de la petite enfance œuvre en ce sens, en espérant être à la fois source d’inspirations et d’actions concrètes.

[1]     Le cas de Sabine Grataloup, qui a porté plainte contre les fabricants d’herbicides à base de glyphosate, qu’elle dénonce comme responsable des malformations de son enfant, est cité dans le manifeste