La santé et la petite enfance : Quelles sont les urgences ?

2017-06-13T22:24:13+00:00 9 février 2017|

Le 7 février 2017, l’Académie de la Petite Enfance a lancé son cycle de conférences sur le développement durable avec sa   première table ronde sur la santé des jeunes enfants. Dans notre société, les enfants de 0 à 6 ans représentent une population fragilisée et leur santé est plus que jamais menacée : dégradation de l’air, de l’alimentation, insuffisance d’espaces de jeux naturels…

Pour le Dr Yves Alembik, pédiatre et généticien à l’hôpital universitaire de Strasbourg, le danger des écrans pour les jeunes enfants est souvent sous-estimé. Par exemple, il constate, lors des visites des jeunes mères à la maternité, que celles-ci allaitent, ou donnent le biberon en regardant la télévision. De ce fait,  Le bébé regarde le monde avec des variations lumineuses brusques  sans  contact visuel avec sa mère. Des écrans omniprésents influent sur la qualité de son sommeil et son alimentation. Pour lui, si ces questions ne sont pas travaillées, lors des consultations pédiatriques, rien ne peut changer.

Patricia Challet, pédagogue et responsable de la fédération Waldorf-Steiner, déplore le manque d’expériences sensorielles et de « vivre ensemble » ainsi que de  sédentarité des jeunes enfants. Les repères dont les enfants ont besoin conjuguent les apports des 5 sens. Or, Ils « ne jouent plus dehors », ils n’expérimentent plus. Pour Andrée Buchmann, du   Conseil de surveillance de l’observatoire de la qualité de l’air intérieur, et Clémence Pouclet, conseillère en santé environnementale auprès des parents et professionnels à « L’Avis en vert », les enfants passent beaucoup de temps à l’intérieur,  exposés aux composants chimiques nocifs, susceptibles de causer bon nombre d’allergies et maladies chroniques. On peut se demander en quoi les enfants sont protégés et de quelle(s) protection(s) on  parle?

Nous avons tendance à prioriser la sécurité « physique », avec des espaces moteurs qui  ne permettent pas  à l’enfant d’explorer, de se confronter au risque, d’évoluer en douceur vers
l’autonomie d’accéder au monde qui l’entoure, d’être « libre » et acteur…Laisse-t-on  au tout-petit,   le temps de vivre des expériences nouvelles, de mettre en scène son environnement, par le jeu notamment ?

Pour Marjorie Burger-Chassignet, danseuse et pédagogue du mouvement, « se poser et ralentir semble être une question qui coûte aujourd’hui ». L’enfant a besoin d’évoluer librement et de passer par différents  stades pour maîtriser son corps, faute de quoi il  risque de connaître, même à l’âge adulte, des déséquilibres   en  motricité fine ! Il est nécessaire d’alimenter ce besoin de mouvement naturel par des espaces riches et adaptés. C’est véritablement par cette exploration motrice que l’enfant va prendre conscience de son corps, de ses limites et apprendre à « s’habiter soi ».

Cette société  va trop vite, normalise, surprotège. En quoi prend-elle  soin de nos enfants ? Elle ne leur fait plus confiance et les enferme dans des qualificatifs trop hâtifs comme l’hyperactivité.

Enfin   un riche débat avec le public  a mis l’accent sur la nécessité  de se (re)connecter à un monde plus réel, moins virtuel, à soi-même, aux autres et à la nature.                                                        – Pauline Ball